Chronique #11 : Les quatre cavaliers de l’Apocalypse

Le divorce est l’objectif des quatre cavaliersde l’Apocalypse présents chez les couples malheureux.

Un dicton populaire voudrait que les couples heureux n’aient pas d’histoire. Rien n’est plus faux. Chaque couple heureux possède, au contraire, une culture conjugale qui leur est propre ; ce sont les psychologues qui ont trouvé des points communs aux couples heureux à long terme. Par contre, tous les couples malheureux ou qui finissent par divorcer possèdent la même histoire : tous ont invité les quatre cavaliers de l’Apocalypse à demeure.
 
La présence de ces cavaliers augure très mal l’évolution du couple car ils se nourrissent l’un l’autre dans une escalade sans fin, une schismogenèse complémentaire, qui transforme rapidement les deux amoureux passionnés du début en ennemis intimes à plus ou moins long terme.
 
La critique
Une critique, surtout exprimée brutalement, ne peut que créer une tension immédiate entre les deux protagonistes. Encore faut-il faire une différence entre une critique, laquelle s’adresse à la personne, et un reproche, lequel vise plutôt le comportement. De reprocher à son partenaire d’être en retard est compréhensible, mais de lui dire qu’il ne respecte jamais sa parole parce qu’il arrive en retard ne peut que susciter une réaction critique tout aussi acerbe : « Tu exagères encore ! », et constituer une invitation pour les trois autres cavaliers. De traiter sa partenaire de frigide au lieu de lui dire ce que l’on aime fait là aussi toute une différence. De dire à son partenaire « Tu n’es jamais là » au moment où il est présent n’augmentera pas son désir d’être plus présent. La critique est une attaque à l’intégrité de la personne, surtout si elle revient constamment.
 
Le mépris
Le mépris accompagne fréquemment la critique. Le mépris peut être verbal : « Tu ne fais jamais rien de bon » ou « Tu crois vraiment que t’en es capable ? », dit sur un ton corrosif. Mais le mépris est aussi non verbal et souligne la critique : yeux levés au ciel, ricanement, moues dédaigneuses, regards assassins… Le mépris exprime le dégoût et cherche à humilier l’autre en le traitant d’irresponsable, en soulignant ses tares (même imaginaires), en adoptant une attitude moralisatrice : « Je sais moi ce qui est bien et ce qu’il faut faire ou ce qu’il faudrait que tu fasses ». Le mépris est généralement le résultat de ruminations négatives au sujet de critiques ou de disputes antérieures. Il démontre de l’exaspération, laquelle prépare souvent le terrain au chantage : « Si tu ne changes pas, tu n’auras qu’à t’en prendre à toi-même si notre couple va mal… ». « Si tu ne me donnes pas ce que je veux, tu n’auras pas ce que tu veux. » Le mépris engendre le mépris.
 
L’attitude défensive
Face à une critique méprisante, il est très humain de se défendre, et la meilleure défensive reste toujours la contre-attaque. Mais la contre-attaque ne résout rien ; elle ne fait qu’ajouter de l’huile sur le feu ; elle alimente l’escalade. L’attitude défensive consiste à dire que c’est celui qui critique qui est dans le tort parce que, justement, il critique. « Pourquoi compliques-tu toujours tout ? » « Pourquoi reviens-tu encore et encore là-dessus ? ». Chacun cherche à marquer des points, à gagner. Malheureusement, c’est le couple qui est perdant, ainsi que les deux partenaires, et les enfants s’il y en a. Il ne peut jamais y avoir qu’un gagnant dans un couple.
 
La dérobade
Ce cavalier de malheur arrive à la suite de longues périodes de disputes. Nous connaissons tous des couples où l’un des deux partenaires, l’homme dans 80 à 85 % des cas, s’est emmuré dans le silence. Plutôt que de confronter sa femme, il fuit le combat et se retranche dans une attitude de « Cause toujours mon lapin… ». Ce qui a l’heur d’exaspérer sa partenaire qui a l’impression de parler pour rien ou dans le vide, lui donnant une raison supplémentaire de critiquer. Il s’enferme parce qu’elle critique, elle critique parce qu’il s’enferme. Cercle vicieux imparable. Beaucoup de couples rendus à ce stade ne se regardent même plus lorsqu’ils sont ensemble.
 
Ces quatre cavaliers de l’Apocalypse sont des mécanismes de défense tout à fait humains, mais ils n’ont pas leur place dans un couple qui se veut heureux à long terme. En général, ce sont les femmes qui, par amour et de bonne foi pour améliorer la relation, veulent aborder un sujet « litigieux » en disant quelque chose comme « Il faudrait que l’on se parle ! ». Ce que Monsieur, à tort ou à raison, perçoit comme une « attaque » : son rythme cardiaque augmente de 10 à 20 battements à la minute, sa pression artérielle fait un bon, son corps sécrète de la vasopressine ; il est en état d’alerte : combat ou fuite.
 
Mais c’est lorsqu’il fuit, lorsqu’il met fin à la discussion en s’enfermant dans le silence ou en sortant de la pièce que le rythme cardiaque de Madame augmente de 10 à 20 battements à la minute, que sa pression artérielle fait un bond et que son corps sécrète du cortisol, l’hormone du stress ; elle se sent rejetée, abandonnée, pas importante pour son partenaire. La fuite et le silence aident les hommes à faire baisser leurs réactions physiologiques, mais l’absence et le sentiment de rejet augmentent celles de la femme. Madame cherche à maintenir la relation pour se sécuriser alors que Monsieur veut s’échapper de la situation pour faire baisser son stress. Un cercle vicieux dont les deux protagonistes sont totalement inconscients et qui, inexorablement, hypothèquent l’amour et altèrent la communication et l’admiration réciproque.
 
Les couples heureux ont réussi à contenir ces quatre cavaliers de l’Apocalypse et mettent en pratique les merveilleuses paroles de David Lake : « Si tu traitais tes amis comme tu traites ton partenaire, ils ne te parleraient plus.Mais si tu traites ton partenaire comme un ami, quel bonheur vous allez connaître[1]. » 
 
[1]Tiré de Parisse-Legrain, Laetitia, Les 15 semaines qui vont changer votre vie de couple, Bruxelles, Mols, 2016.

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