Chronique #18 : Intimité ou fusion ?

La fusion est tout sauf de l’intimité, car l’intimité implique une relation entre deux personnes différenciées.

Il existe une grande différence entre l’intimité et la fusion. La fusion est tout sauf de l’intimité, car l’intimité implique une relation entre deux personnes différenciées. La fusion, quant à elle, veut faire disparaître les différences : elle exige la conformité.
 
Pour mieux comprendre la différence entre fusion et intimité, retournons au sein maternel. Ce que chacun de nous a alors vécu était un état symbiotique parfait (à condition que notre mère ait été une adulte saine et satisfaite de sa grossesse). Nous étions logés, nourris, chauffés, bercés, cajolés sans que nous n’ayons à faire d’efforts. Le paradis, quoi ! Pas besoin de nous occuper de notre survie, quelqu’un d’autre le faisait à notre place. Nous vivions alors dans un état de totale dépendance fusionnelle bienheureuse. Et puis, un jour, panique : notre mère nous expulse. Ce ne fut pas sans douleurs réciproques. Nous avons alors vécu notre première angoisse, notre premier traumatisme (disent les psychologues), notre première séparation, notre première peine d’amour, notre premier rejet. Rupture toutefois nécessaire, sinon c’est l’étouffement assuré.
 
Heureusement, la vie possède un instinct qui la pousse à survivre, à rechercher le plaisir (dans la satisfaction des besoins) et à fuir le déplaisir (provoqué par la frustration de ces mêmes besoins). Non seulement, pour survivre, fallait-il « sortir » du ventre de notre mère, mais pour vivre, il faut aussi apprendre à se différencier d’elle, de l’autre,et à compter sur soi pour la satisfaction de nos besoins. Ce processus de différenciation est un processus d’opposition, du moins au départ. De dépendant, nous devenons donc contredépendant pour assurer notre survie. Ce processus prend environ vingt ans dans nos sociétés actuelles. L’objectif de ce processus est d’acquérir notre indépendance, laquelle nous permet de vivre selon nos principes personnels et nos propres règles de vie. L’indépendance n’est toutefois pas l’étape ultime du développement personnel.
 
L’indépendance ou la liberté ne signifie nullement la possibilité de faire tout ce que l’on veut, avec qui on le veut, quand on le veut, aussi souvent qu’on le veut, avec le nombre de personnes qu’on veux, où on le veut et de la façon dont on le veut. Non, la liberté implique des responsabilités, le respect de ses engagements et des renoncements. L’étape ultime du processus de maturation n’est pas l’indépendance, mais bien l’interdépendance, puisque nombre de nos besoins et désirs nécessitent la présence et la participation active d’une autre personne pour leur satisfaction.
 
La dépendance et la contredépendance sont les deux polarités de la codépendance. Le dépendant fait tout pour attirer l’attention de l’autre, alors que le contredépendant fait tout pour se détacher de la personne dont il dépend. La contredépendance n’est pas de l’indépendance, car la personne agit en en « réaction à » une autre personne et non en fonction d’elle-même. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le contredépendant est… dépendant, puisque réactif.
 
La véritable intimité conjugale n’est possible qu’entre deux êtres ayant acquis leur autonomie et qui se sont hautement différenciés de leurs parents et de toute autre personne. Tout le reste n’est que fusion et confusion. Les personnes différenciées sont capables de vivre pour elles-mêmes, sans la croyance qu’ils ne peuvent vivre sans l’autre (dépendance fusionnelle du nourrisson) ou en constante opposition avec l’autre pour sauvegarder leur identité (contredépendance réactionnelle, adolescente et anti-fusionnelle). Les personnes différenciées ne vivent pas en autarcie, car l’un de leurs besoins est justement d’être en lien émotif avec une autre personne tout aussi différenciée, permettant ainsi l’ouverture de soi et l’acceptation de l’autre.
 
L’intimité n’est possible qu’entre deux personnes qui maintiennent une certaine distance entre elles. Ces deux personnes différenciées peuvent alors développer une interdépendance pour l’établissement d’une relation intime et la satisfaction d’attentes légitimes. L’amour peut alors naître.
 
Loin de tomber en amour (Canada) ou de tomber amoureux (Europe), les personnes différenciées s’élèvent en amour. Ils utilisent leur couple pour réaliser des projets conjugaux (famille, patrimoine, retraite…) et des projets personnels (professionnels, sociaux, jardin secret…). L’espace conjugal devient un lieu de d’intimité à deux, mais aussi d’espace personnel. Cet espace évolue dans le temps. Il est plus fusionnel lors de la période de séduction et de l’une de miel mais, permettant à chacun(e) de se réaliser, il s’agrandit avec le temps et les crises inévitables de la vie à deux.
 
Cet espace est donc mouvant. Chez les couples malheureux, les deux se distancient de plus en plus avec le temps et finissent par se séparer ou se retrouvent comme deux étrangers ou deux locataires lorsque les enfants sortent du nid familial. Chez les couples heureux, chaque crise surmontée permet aux deux partenaires de se retrouver dans une intimité plus profonde et plus respectueuse. Les couples heureux à long terme sont beaux à voir et l’on peut sentir leur complicité.

  
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